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Interview

Fin du Revenu de solidarité jeunes : quel avenir pour l’accompagnement des jeunes en situation de précarité ?

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Mis en place en 2021, le Revenu de solidarité jeunes (RSJ) permet à des jeunes de 18 à 25 ans en situation de précarité ou sans activité de bénéficier d’un soutien financier et d’un accompagnement adapté à leur situation. En 2025, ACOLEA a accompagné 172 jeunes dans le cadre de ce dispositif.

Alors que la Métropole de Lyon a acté le 28 septembre 2026 la fin du RSJ, Laurence Vion Dury, cheffe de service de Logis Jeunes et du RSJ chez ACOLEA, revient sur le rôle de ce dispositif, les conséquences de sa disparition et les enjeux du maintien d’un accompagnement pour les jeunes les plus précaires.

Quel rôle le RSJ joue-t-il dans l’accompagnement des jeunes suivis par ACOLEA ? Qu’est-ce que ce dispositif change concrètement dans leur quotidien et leur parcours ?

Au sein de la Fondation ACOLEA deux instructeurs assurent des permanences délocalisées pour accueillir ces jeunes, évaluer leurs besoins et leur proposer un accompagnement adapté. Le dispositif repose sur deux dimensions complémentaires : une allocation financière de 420 euros et un accompagnement individuel.

Cet accompagnement peut prendre deux formes. Le « coup de pouce », sur une durée d’environ trois mois, s’adresse aux jeunes qui ont besoin d’un soutien ponctuel pour reprendre une formation, accéder à un emploi ou avancer dans une démarche, comme une demande d’allocation aux adultes handicapés (AAH). Le « filet de sécurité », proposé sur six mois, vise davantage à remobiliser les jeunes, à travailler sur leur insertion professionnelle et à les aider à construire progressivement leur projet.

La spécificité d’ACOLEA est aussi d’aller à la rencontre des jeunes au plus près de leurs lieux de vie. Des permanences sont ainsi organisées dans différents lieux partenaires, notamment des centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), des centres sociaux, des PIMMS Médiation, etc.
Une présence de proximité qui facilite la prise de contact, les échanges avec les partenaires et l’orientation des jeunes vers le dispositif.

Au-delà du soutien financier, le RSJ associe une allocation à un accompagnement. En quoi cette combinaison était-elle essentielle pour aider les jeunes à gagner en autonomie et à construire leur avenir ?

Le soutien financier permet aux jeunes de disposer d’un minimum de ressources, mais il ne suffit pas à répondre à l’ensemble de leurs difficultés. Pour construire un projet d’insertion, il est essentiel de pouvoir prendre en compte la situation du jeune dans sa globalité, son parcours, ses besoins et les éventuels obstacles qu’il rencontre.

L’accompagnement proposé dans le cadre du RSJ repose donc sur une relation de confiance, qui se construit dans le temps. Les rendez-vous réguliers permettent de faire le point sur la situation du jeune, d’identifier ses priorités et d’avancer progressivement, à son rythme. Un rendez-vous de renouvellement et un rendez-vous de suivi sont également prévus chaque mois, complétés par des échanges téléphoniques entre les rencontres.

Ces contacts réguliers permettent de maintenir le lien, de suivre les démarches engagées et d’encourager les jeunes dans leurs avancées. L’enjeu n’est pas seulement de les aider à accéder à un emploi ou à une formation, mais aussi de leur permettre de retrouver une dynamique et de construire un projet adapté à leur situation.

La Métropole de Lyon a acté la fin progressive du dispositif. Quelles conséquences cette décision risque-t-elle d’avoir pour les jeunes les plus précaires et pour les professionnels qui les accompagnent ?

La Métropole de Lyon a annoncé l’arrêt du RSJ à la fin du mois de septembre 2026, avec une période de transition permettant encore de nouvelles entrées jusqu’à la fin du mois d’octobre. Le financement du dispositif doit prendre fin début 2027. D’ici là, les deux instructeurs d’ACOLEA poursuivent leur mission et recherchent des possibilités de relais.

Pour les jeunes accompagnés, l’enjeu est désormais de préparer la suite et de trouver des relais adaptés à leurs besoins. La fin du RSJ ne signifie pas que leurs difficultés disparaissent. Certains ont encore besoin de temps pour avancer dans leur projet, reprendre confiance ou engager des démarches d’insertion.

C’est aussi toute la question de la proximité qui se pose. Le RSJ permet d’aller vers les jeunes, notamment ceux qui ne se tournent pas spontanément vers les dispositifs de droit commun. Si les missions locales peuvent constituer un relais pour certains d’entre eux, les modalités d’accompagnement ne répondent pas nécessairement à toutes les situations.

Le principal risque est donc celui d’une rupture de parcours : qu’un jeune ne parvienne pas à s’approprier le nouveau dispositif vers lequel il est orienté et se retrouve, de fait, sans accompagnement. Pour ACOLEA, il est essentiel que la transition soit préparée et que chaque jeune puisse être orienté vers une solution correspondant réellement à ses besoins.

Face à la disparition du RSJ, quelles solutions existent pour poursuivre l’accompagnement de ces jeunes ? Qu’est-ce qui vous semble indispensable pour éviter les ruptures de parcours ?

Dès que nous avons eu connaissance de l’arrêt du dispositif, nous avons commencé à en parler avec les jeunes accompagnés afin d’anticiper la suite. L’objectif était de ne pas attendre la fin du RSJ pour réfléchir aux solutions possibles et préparer le relais avec chacun d’entre eux.

Selon leur situation et leurs besoins, nous travaillons à leur proposer une orientation adaptée, notamment vers les missions locales ou les équipes de prévention spécialisée. A l’échelle de la fondation ACOLEA nous mobilisons notamment nos équipes de Prévention spécialisée pour faciliter les rencontres entre les jeunes concernés et les éducateurs de rue. Leur approche de proximité peut permettre de maintenir un lien avec certains jeunes qui ne sont pas accompagnés par les dispositifs de droit commun.

Il faut toutefois rester vigilant : une orientation ne garantit pas nécessairement la continuité de l’accompagnement. Les jeunes n’ont pas tous les mêmes besoins, ni la même capacité à se saisir des solutions qui leur sont proposées. L’enjeu est donc de préparer ces transitions au cas par cas, en tenant compte de leur situation et du lien de confiance construit avec les professionnels. La fin du dispositif ne fait pas disparaître les difficultés auxquelles ils sont confrontés. Il est donc essentiel de maintenir le lien avec eux et de leur permettre de poursuivre leur parcours sans se retrouver seuls face à leurs démarches.


Les jeunes ont la parole

« Grâce au RSJ, j’ai pu découvrir différents métiers et construire progressivement mon projet professionnel. » Céline

« Le fait de pouvoir échanger avec une personne de confiance m’a permis de ne pas me sentir seule face aux difficultés. » Sabrina

« Le RSJ m’a permis de découvrir de nouvelles perspectives et d’explorer des voies professionnelles qui pourraient me correspondre. » Jihane

« Aujourd’hui, je sors du dispositif avec un contrat d’alternance d’un an, un travail adapté à mon état de santé et un diplôme à préparer. » Indra

 

 

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